Je suis la maman d’un BABI

Il y a 2 ans, le 1er janvier 2017, je donnais naissance à ma deuxième princesse: MiniLune.

Dès les premières heures, j’ai très vite réalisé que quelque chose ne tournait pas rond avec ce bébé. Moi qui ait toujours été une maman très zen, très intuitive, avec un instinct maternel à toute épreuve, je me retrouvais totalement démunie face à cette petite chose toute rose qui hurlait en permanence. 4 mois, il aura fallu 4 mois d’impuissance face à ses hurlements, à sa demande qui impliquait que je lui sois 100% attentive, jour et nuit, 24h/24. J’étais au bord de l’épuisement maternel, et je ne savais même pas quoi faire pour la rassurer davantage, pour qu’elle soit sereine. Cette douleur inimaginable que l’on ressent lorsque l’on voit son bébé en souffrance sans pouvoir faire quoi que ce soit. User de tous ses charmes en particulier de l’allaitement juste pour avoir quelques minutes de répit tout en sachant que les pleurs reprendraient de plus belle ensuite.

Elle avait des coliques, mais pas que… Je le sentais au fond de moi qu’il y avait la douleur, mais aussi une insécurité que je n’arrivais pas à combler malgré ma présence de tous les instants. Et regarder sa sœur de seulement 4 ans, subir la situation était un véritable déchirement. Nous avions une relation si forte, si fusionnelle toutes les 2, et sa petite sœur était en train de tout gâcher. J’ai regretté plus d’une fois cette décision d’avoir un deuxième enfant. Ces mots peuvent paraître durs, mais elle détruisait le petit cocon que j’avais mis si longtemps à construire. J’avais l’impression de me briser chaque jour un peu plus.

Dites moi qu’il sera bientôt là, ce temps où je regarderai les photos d’elle petite avec nostalgie. Où je me dirai, elle nous en a fait baver mais bon sang, qu’est-ce qu’elle était mignonne.

Ce temps où je la verrai s’épanouir, le sourire aux lèvres ce petit rayon de soleil qui embellira nos vies.

Ce temps où je la regarderai jouer avec sa sœur, partager ces moments de complicité que j’avais tant rêvé.

Ce temps où je la regarderai dormir paisiblement dans son lit en me disant que tout ça, ça en valait la peine.

Je l’entends pleurer chaque jour, la vois lutter contre le sommeil qui la submerge… La vois souffrir, se tortiller et je me demande pourquoi ? Pourquoi elle, pourquoi la vie n’est pas plus facile… Pourquoi je n’arrive pas à soigner ses maux avec une simple caresse, un simple baiser. Pourquoi c’est si dur, pourquoi j’ai si mal au fond de mes tripes, pourquoi je dois lutter chaque jour pour ne pas me laisser démonter, garder la tête haute, y mettre toute la force, toute mon énergie pour l’accompagner au mieux. Pourquoi je me sens toujours au bord de me briser?

Chaque soir, je me dis que je ne tiendrai pas un jour de plus, et le lendemain matin, quand elle me sourit lorsque je me penche au dessus de son lit pour lui dire bonjour, mon cœur de maman se gonfle d’amour et de courage… Un seul de ses sourires suffit à m’insuffler la force pour survivre à une journée auprès d’elle.

Parfois j’en veux à son papa de ne pas pouvoir nous sortir de tout ça. J’en veux à sa sœur, de ne pas comprendre à quel point je suis fatiguée et meurtrie et de continuer de se construire et de s’affirmer toujours plus fort. J’en veux à la vie qui ne m’a pas épargnée et qui me fait subir encore cette épreuve.

Être sa maman n’est pas facile. Et pourtant j’ai souhaité tellement fort le devenir. Je l’ai attendu patiemment, j’ai regardé les mois défiler avec ce vide au creux de mon ventre qui n’attendait plus qu’elle pour être comblé.

J’ai eu peur de ne pas l’aimer mais lorsque j’ ai senti son souffle sur moi pour la toute première fois j’ai ressenti ce lien indéfectible, inconditionnel…

Elle m’a choisi pour être sa maman parce qu’elle savait que je serai là quoiqu’il arrive. Même si parfois j’ai envie de tout planter, que je rêve juste de 5 minutes rien que pour moi, je ne l’abandonnerai jamais.

Être la maman d’un BABI, c’est vivre sur une corde raide, avoir la sensation de basculer dans le vide à chaque faux pas, retrouver l’équilibre et regarder droit devant avec l’espoir qu’un jour on se retrouvera de l’autre côté.

Le jour du diagnostic arriva, c’était lors de son contrôle des 4 mois. Son pédiatre l’observa attentivement. Il prit plus de temps qu’à l’accoutumée. Testant ses réflexes, malaxant son petit corps. Elle pleurait, encore et toujours comme chaque fois qu’elle n’était pas contre moi. Il m’invita à m’asseoir avec lui et me proposa de l’allaiter afin de l’apaiser et me dit:

« Avez-vous un moyen de portage ? De la famille qui puisse vous venir en aide ? Votre mari peut-il prendre le relais le temps que vous vous reposiez ? »

Je lui explique que c’est compliqué car je n’ai pas de personne sur qui je puisse me reposer en dehors de mes beaux parents. Que mon mari fait ce qu’il peut mais la situation l’affecte autant que moi, d’autant qu’il sent inutile car il semble qu’il n’y ait que mes seins qui puissent la calmer. Mais que oui, par chance, je pratique le portage depuis sa naissance et que ça me permet de pouvoir avoir un peu de répit.

« Ça ne sera pas toujours facile, vous avez un bébé intense avec de gros besoins. Plus vous répondrez à ses besoins et plus elle se sentira en confiance. Il est important néanmoins que vous pensiez à vous, que vous puissiez dormir, n’hésitez pas à solliciter les gens autour de vous. »

Même si rien ne changea, que les pleurs étaient toujours omniprésents, je me suis retrouvée soulagée d’un poids. Quand votre enfant est mal et que vous ne savez pas quoi faire pour l’aider, le sentiment de culpabilité est énorme. « Qu’ai-je fait de faux ? Pourquoi ne suis-je pas capable de comprendre mon enfant ? »

Les mois ont passés et les pleurs se sont calmés. Les coliques ont disparues mais MiniLune continuait d’être aussi demandeuse: constamment pendue au sein, des réveils toutes les 2 heures de la nuit, et peu de siestes la journée.

Au fur et à mesure qu’elle grandissait, elle semblait toujours plus confiante, un peu trop parfois au point de se mettre régulièrement en danger. Elle adorait faire des bêtises toutes plus farfelues les unes que les autres. Ses demandes avaient évoluées, mais elle ne nous accordait aucun répit. Elle cherchait constamment à attirer notre attention. Néanmoins, la petite fille pleine de caractère qu’elle devenait en grandissant dégageait une telle aura qu’elle nous subjuguait.

Il y a un peu plus de 13 mois la vie m’a offert un cadeau merveilleux. Une petite fille lumineuse, ce dernier enfant que je désirais tant. Elle nous apporte tellement de bonheur par ses sourires, sa joie de vivre, ses découvertes jour après jour… Mais néanmoins une grande sensibilité, une sensibilité intense, à fleur de peau et tous ces besoins à combler. Moi, l’hypersensible, je suis aujourd’hui la maman d’un enfant aux besoins intenses. Mon quotidien est ponctué d’émotions indescriptibles, devant lesquelles je reste parfois impuissante. Des crises, des pleurs que je ne comprends pas toujours, un petit être qui dans mes bras reste inconsolable.
Chaque nuit je me lève pour essuyer ses larmes, calmer ses angoisses, la rassurer sans vraiment y parvenir…

Je me réveille chaque matin encore plus fatiguée que la veille avec l’espoir que bientôt tout ira mieux.

Il y a des nuits où je pleure avec elle, à bout de force, je me dis un bref instant que ma vie était tellement mieux avant. Puis je la regarde et je me dis que non… Jamais plus je ne pourrais vivre sans elle, ma précieuse et merveilleuse petite fille. J’ai essayé tant de choses pour la rassurer, mais chaque nuit se ressemble inexorablement.

Parfois je craque, je suis en colère et je ne comprends pas pourquoi elle me fait vivre pareil enfer… Puis je me réveille le matin, fatiguée, et luttant contre moi-même pour ne pas me laisser aller. Et je cherche encore et encore des solutions pour l’aider sans grand résultat.

C’est dur, tellement dur… Mais un jour je sais que tout ira mieux. Je ne sais pas quand, ni comment je vais tenir jusque là, mais ce jour arrivera je le sais.

Ce soir, je suis à bout… Je voudrais juste mettre ma vie sur pause. Reprendre des forces, puiser dans les ressources que je n’ai pas. Respirer, dormir simplement ou pas… Peu importe… Juste me reposer. J’ai mal, à chaque centimètre carré de mon être. Je vais aller me coucher, et probablement que je me ferais réveiller juste après avoir fermé les yeux. Probablement que je vais passer de longues minutes, peut-être même des heures à la consoler. Peut-être même que je pleurerais aussi en la suppliant de me laisser dormir un peu. Et demain tout recommencera… Elle illuminera ma journée et ce sera l’heure de se coucher, l’heure où tout bascule et où ma vie merveilleuse de maman se transforme en calvaire.

MiniLune à 25 mois à présent, elle fait ses nuits la plupart du temps, mais pleure souvent durant son sommeil. Son lit est toujours à côté du mien. Ma présence la rassure même si elle est de plus en plus capable de se passer de moi. La séparation est toujours difficile, mais elle l’accepte et accorde sa confiance aux autres. Pour être franche, même si la situation est toujours compliquée, elle n’est en rien comparable à ce que nous avons pu traversé dans le passé. C’est une petite fille pleine de vie, qui fait beaucoup de bêtises, qui n’écoute rien de ce qu’on lui dit parce qu’elle préfère n’en faire qu’à sa tête, qui ne supporte pas qu’on lui dise non… Comme beaucoup d’autres enfants de son âge! Mais elle est aussi drôle, douce, épatante. Je ne regrette rien de notre histoire et je sais que le pire est derrière nous.

Je souhaitais partager cet article avec vous parce que je suis la maman d’un enfant aux besoins intenses, et vous savez quoi ? Je ne suis pas la seule… Il y en a peut-être une autre autour de vous qui vit ce que je vis, en pire ou en moins pire peu importe…

Ne la jugez pas parce qu’elle cododotte… Parfois c’est la seule solution pour comptabiliser quelques heures de sommeil. Ne la jugez pas parce qu’elle porte encore son enfant, peut-être que c’est ce qui lui permet de pouvoir faire son ménage, les repas ou pleins d’autres choses encore. Ne la jugez pas parce qu’elle allaite encore à la demande… Peut-être que son enfant n’est rassuré que par la chaleur de sa mère qu’un doudou ou une lolette ne remplacera jamais. Ne la jugez pas parce qu’elle ne vous accompagne pas dans vos épreuves, qu’elle n’est pas présente pour vous autant que vous le souhaitez. Ce qu’elle vit est une véritable tempête émotionnelle, une épreuve. Elle n’a pas ni la force ni l’énergie pour quoique se soit d’autre. Soyez présents pour elle, permettez-lui de se reposer, de lâcher prise un instant.

Le plus dur lorsque l’on est parent d’un BABI c’est que le MOI se met entre parenthèses, on cesse d’être, d’exister… On vit à travers son enfant et c’est tout.

Une réflexion sur “Je suis la maman d’un BABI

  1. Cet article est magnifique, il reflète vraiment tous les états d’esprits par lesquels tu as du passer ces deux dernières années…
    Je n’ose pas imaginer à quel point cela a dû être dur à vivre pour toi…
    Je vous souhaites sincèrement d’être sur la voie de l’apaisement en cette année…

    Aimé par 1 personne

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